Trois anniversaires
Aujourd'hui sont célébrés trois anniversaires. Premièrement, celui de la naissance de mon ami Jean-François ! Joyeux anniversaire, avant que je ne l'oublie !
Plus sérieusement, c'est aussi le jour de la mort, à 19h 30, du Général de Gaulle, à la Boisserie, entouré des siens...*
Et puis, tellement éclatant pour des millions d'Allemands, la chute du mur de la honte, érigé dans la nuit du 12 au 13 août 1961 entre Berlin Ouest et Berlin Est. Un mur pour bien marquer aux Allemands qu'ils n'avaient pas fini d'expier leur faute collective, qui était destiné à stopper l'attraction légitime des allemands de la DDR (Die "So gennante Deutsche Demokratische Rebublik", comme disaient les citoyens de la RFA) pour l'économie libérale et la République Fédérale.
Imaginez : 3,50 m de haut avec les barbelés, 155 km de long, des centaines de mètres de No Man's land soigneusement labourés et surveillés avec des chiens (600 chiens), 14000 gardiens (Vopos ou Volks Polizisten), 302 miradors, non seulement une capitale coupée en deux portions se tournant radicalement le dos, mais aussi toute la partie Ouest de la cité isolée du reste du pays.... Les métros circulaient pourtant sous-terre, à travers les stations fantômes où les Vopos pointaient leurs armes quand le train passait...
Et tant de tentatives d'évasion, par tous moyens aussi ingénieux les uns et les autres, mais parfois avec la mort au bout du chemin - plus de 300.
Lorsque j'allais faire des séjours linguistiques, puis amicaux dans ma famille d'accueil à Marburg, les Ehlebrecht, je ne me rendais pas complètement compte du traumatisme que subissaient les Allemands à cette époque, jusqu'à ce qu'on m'emmène voir le Mur. C'était en juillet 1962, je pense. Le père de ma correspondante - salut, Karen - était berlinois. Il avait tout perdu à la guerre (ses illusions et l'espoir de terminer des études correctes) et avait été sévèrement blessé sur le front de l'est après avoir triché sur son âge afin de s'engager, à 16 ans, en 1944. Il en parlait très simplement, il disait comment ils avaient été dès l'enfance embrigadés, quelle avait été son erreur....
Donc nous avons voyagé sur l'un des couloirs ménagés à travers la RDA, le long d'une sinistre autoroute toute cadenassée de hauts barbelés où chaque pont était surveillé par un garde frontière en armes. Pas question d'avoir un pépin mécanique et de devoir s'arrêter...L'angoisse. Ensuite, pour passer le check point, des points de passage séparés pour les allemands de l'ouest et les étrangers : j'ai dû faire la queue toute seule et j'étais terrifiée. Les Ehlebrecht avaient un visa pour visiter leur grand-mère, je crois.....J'étais liquéfiée de peur lorsque je les ai retrouvés de l'autre côté, horrifiée en regardant l'immense cicatrice passant au milieu des maisons, la même image que celle des barbelés des camps de la mort....
En 1990, j'ai organisé un voyage d'études sur le logement social à Berlin où un grand nombre de réalisations sociales très novatrices ont été mises en oeuvre du temps de la République de Weimar.
Quel soulagement ! Le mur était débité en morceaux, j'en ai acheté deux...Le long de ses rares tronçons restés debout, près de la porte de Brandebourg, en bien mauvais état à cette époque, des étals de pllein vent où on vendait à tour de bras des chapkas de l'Armée Rouge, des casquettes vert de gris, des tas de gadgets, souvenir de la dictature...
Les Berlinois ont un humour très corrosif...C'est sans aucun doute ce qui leur a permis de tenir !
* et aussi, de triste mémoire, celui de la Nuit de Cristal