La marche de Radetzky, roman de Joseph Roth (1932)
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C’est la récente lecture du livre de François Reynaert qui m’a donné l’envie de découvrir l’œuvre de Joseph Roth (1894 – 1939), et de fait, j’y ai découvert un chef d’œuvre.
Le titre fait référence à la célèbre musique militaire composée en 1848 par Johann Strauss père, jouée traditionnellement lors du concert du nouvel an à Vienne, et dont chacun – moi, en tous cas - a en mémoire les rythmes si prenants. Une fresque pathétique des dernières lueurs de l’empire austro-hongrois, à travers une lignée de trois hommes terrassés par ce qui commence par un acte héroïque et se termine par une malédiction.
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« Joseph Roth nous conte ici l'histoire d'une famille de modeste paysan slovène, qui en ayant sauvé l'empereur lors de la bataille de Solferino (1859), est anobli et intègre progressivement les sphères du pouvoir. Le grand-père et héros, devenu baron, Joseph von Trotta et son fils Franz devenu préfet : l’un renvoie au monde de l’armée et l’autre au monde de la haute administration, les deux piliers de cette monarchie. Deux personnages sans reproches, n'abusant jamais de leurs statuts, dévoués à l'Etat et qui pourtant sont totalement aveugles aux mutations de la société de l'Empire. Charles-Joseph von Trotta, dernier de ce nom, se retrouve peu à peu enfermé et victime de cette place privilégiée. A travers ce personnage simple et modeste, on découvre un monde où se meurt l'héroïsme. »
Fuyant le nazisme, Joseph Roth, journaliste de gauche réputé, séjourne à Paris en 1927, puis entre 1937 et 1939. Il a commencé à écrire ce roman en 1930. Il avait ses habitudes dans un petit hôtel de la rue de Tournon, point de rendez-vous des émigrés allemands et autrichiens. Le livre est publié en 1932, son auteur, devenu alcoolique et manquant perpétuellement d’argent, meurt d’un AVC à l’hôpital Necker en 1939, juste avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale.
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Au-delà de la richesse des descriptions, jamais ennuyeuses, qui font jaillir des avalanches d’images – une utilisation très fréquente du verbe « froufrouter » - les thèmes du roman sont l’ombre des pères sur les fils, comment se montrer digne d’un héros quand on n’est qu’un raté, la force de la discipline et des conventions sociales, la fidélité aveugle au souverain, les faiblesses humaines : l’alcool, le jeu et les dettes qui le prolongent, la quête de l’argent, les liaisons funestes avec des femmes mariées, l’art destructeur de se trouver malgré soi entre l’arbre et l’écorce et de causer ainsi la mort inique d’un ami.
Le tout sur le fond de délitement irrémédiable d’un empire à bout de souffle, se désagrégeant en multiples peuples qu’un monarque ergotant ne parvient plus à rassembler.
C’est une histoire qui se lit d'une seule traite, d’une tristesse infinie, d’un réalisme et d’une actualité confondants : note monde actuel n’est-il pas aussi à nouveau au bord d’un cataclysme ?
Une vraie claque, pour moi en tous cas.
La marche de Radetzky, roman de Joseph Roth, traduit par Olivier Mannoni, édité par GF Flammarion, 526p., 9,90€