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Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
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2 avril 2025

Une histoire des Girondins, par Jean-Paul Desprats

Pas question de résumer ici les 636 pages de cette histoire si mal connue de la tragique destinée de la première tentative de parti libéral en France.

Une épopée de ce groupe de députés – dont un certain nombre sont issus de la Gironde - tout fraîchement élus à l’Assemblée instaurant une monarchie constitutionnelle et parlementaire. Ses élus sont tous novices puisque la dernière assemblée rendait les députés non rééligibles.

Cet ouvrage est écrit comme un roman feuilleton, racontant au jour le jour comment ce groupe de parlementaires sans expérience, pourtant pétris des meilleures intentions politiques, après avoir détenu la majorité des postes au pouvoir, vont systématiquement se perdre et se faire massacrer par leurs confrères, dans le plus pur style des procès politiques staliniens.

Unis par la volonté de donner corps aux idéaux généreux de la Révolution, ministres de Louis XVI, membres des principaux rouages de la conduite de l’Etat, ils seront incapables, après la fuite du roi à Varennes, de rétablir l’équilibre entre législatif et exécutif voulu par les hommes de 1789.

L’immense intérêt du livre de Jean-Paul Desprat, c’est qu’il nous fait revivre ces hommes – et ces quelques rares femmes comme Manon Roland – qui se sont heurtés à plus forte partie – les Montagnards de Robespierre – sans oser s’allier à Danton. Partisans de la liberté en toutes choses, ils parlent sans se concerter, n’hésitant pas à se contredire, aucune discipline de parti ne les encadre. Ce qui les unit réside le plus souvent en effet dans des valeurs négatives : la haine de la Montagne puis celle des Jacobins, la défiance à l’égard de Paris, l’espoir de pouvoir entraîner tous les départements afin de contrer son hégémonie, ce qui va les faire accuser du crime absolu de « fédéralisme », donc d’atteinte à l’unité de la République.

Cependant, pas de différences notoires concernant les objectifs politiques et sociaux entre les partisans de Brissot et ceux de Robespierre : attachement à la liberté économique, défiance de la taxation (blocage des prix) et de la loi agraire (partage des terres), respect de la liberté de contracter. Aucun de ces partis ne remet en cause la loi Le Chapelier qui interdit les associations de travailleurs ....

Mais une faille majeure, celle qui dans toute révolution sépare les partisans du maintien des principes de liberté de ceux qui, au prétexte de l’urgence et des circonstances, prônent la dictature. Les circonstances seront simultanées : la guerre extérieure, que les Girondins et le roi ont souhaitée et déclarée et qui tourne mal, et la rébellion en Vendée.

Aux yeux de la Montagne, les Girondins sont des nantis qui veulent stopper la Révolution. Robespierre veut les éliminer au plus vite et abandonner le projet de constitution rédigé par Condorcet afin d’instaurer un régime provisoire d’exception pour sauver l’Etat. Ce sera le début d’une série de coups de force contre la démocratie représentative. Après 3 jours de débats, 21 Girondins seront guillotinés le 31 octobre 1793, ceux qui avaient échappé sont poursuivis sans relâche, seuls certains survivront à cette purge collective à laquelle bon nombre se seront hélas auto ostracisés.

J’ai beaucoup apprécié les romans historiques et biographies Jean-Paul Desprats, en particulier sa saga en trois volumes sur la porcelaine de Limoges ou la destinée d’Eugène de Savoie. Nul doute que ce dernier ouvrage rencontrera le même accueil que celui de Lamartine portant sur le même sujet, publié en 1848, qui fut l’un des plus grands succès de librairie de son temps, en huit volumes.

Une histoire qui éclaire la rémanence de certaines de nos mœurs politiques extrémistes actuelles, qui restent encore cantonnées, heureusement, au registre de l’invective et des effets d’assemblée mais dont la source réside, clairement dans les débats de cette période complexe de la Révolution.

 

Une histoire des Girondins, par Jean-Paul Desprats, édité chez Perrin, 670 p., 28€

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