C'est pas facile d'être père !
On parle beaucoup, en ce moment, de la possibilité – votée en première lecture par les députés – qui sera désormais offerte à toutes les femmes, quel que soit leur statut matrimonial, de bénéficier des techniques de procréation assistée, en France et avec le secours de la Sécurité sociale.
Je ne rentre pas dans le débat mais j’écoute les arguments de ceux qui sont opposés à cette loi.
En particulier le fait de priver un enfant, sciemment, d’un père. Et je me dis que toutes les femmes qui, pour une raison ou pour une autre, ont élevé un enfant seules doivent bondir de colère.
Les femmes abandonnées par leur amant sitôt la nouvelle de la grossesse annoncée, celles qui se sont laissées aller un soir de fête sans plus se souvenir avec qui elles ont passé la nuit et ont gardé tout de même le bébé, les veuves, les divorcées d'un père absent …
Ces mamans n'ont peut-être pas été ravies de l'enfant qui allait naître, mais elle l'ont aimé. Alors, pensons à celles qui désirent ardemment devenir mères mais qui n'ont pas trouvé de compagnon pour le faire de façon naturelle, ou qui ont une femme pour compagne. Ces enfants-là, ils sont tellement désirés, et on leur trouvera certainement une image paternelle de subsitution.
Ces mères-courage, qui ont élevé leur enfant pour en faire un membre de notre société, elles ont tant de mérite ! Je pense en particulier à ma tante Henriette, l’aînée des trois sœurs de ma mère. Veuve à 36 ans, avec quatre enfants dont deux en bas âge, elle a fait face courageusement malgré des difficultés physiques et naturellement sans avoir de formation. Elle a passé sa vie à faire le ménage - et chez des bourgeoises qui ne l'ont jamais déclarée, la provant ainsi de retraite - jusqu'à la limite de ses forces. Ses trois fils ont très bien réussi : l’aîné est devenu un commerçant accompli, le second, avec son certificat d’études a intégré Saint-Cyr et a fini dans le plus haut grade de la Gendarmerie, le troisième est devenu ingénieur dans les télécommunications, la dernière est devenue préparatrice en pharmacie pour épauler son mari pharmacien.
Enfin, je voudrais évoquer les pères indignes, pires que les pères absents : les pères suprêmement intelligents qui dénigrent sans cesse leurs fils, les pervers narcissiques qui exercent leur emprise sur les jeunes têtes blondes, les alcoolos, les loosers professionnels …
Dans les colonnes de la Presse, le chanteur Alain Souchon ose confier que la mort de son père biologique l’a soulagé lorsqu’il avait quatorze ans. On a beaucoup parlé de la famille dysfonctionnelle de Yann Moix … Mais surtout, je suis en train de dévorer le livre de Georges Buisson, le fils de Patrick Buisson, journaliste et spécialiste politique … Je n’en dis pas plus, j’ai encore 25% des 677 pages à lire et je sens que le plus dur reste à venir.
Ce qui change dans le monde d’aujourd’hui, c’est que les écrivains qui ont souffert dans leur enfance ne prennent plus la peine de travestir leur douleur dans un roman – comme le fit Hervé Bazin en 1948 dans Vipère au poing. Ils déballent tout sans vergogne … Notre monde devient dingue …
C’est difficile d’être un bon père, sans doute plus difficile que d’être une maman. C’est une sacrée responsabilité. C’est capital de connaître ses origines. Mais dans certains cas, il vaudrait mieux ne pas savoir.


