Alice et le maire, film de Nicolas Pariser
C’est une des rares œuvres cinématographiques qui montre vraiment ce que sont les arcanes du pouvoir … comme « Quai d’Orsay » ou « L'exercice de l'Etat ».
Les ors de la IIIème République – c’est à Lyon que ça se passe mais cela pourrait aussi bien être à Paris, à Marseille ou à Bordeaux … Une vie à 100 à l’heure, où l’actualité prime sur la réflexion, où les impératifs partisans de politique nationale prennent le pas sur la gestion quotidienne d’une grande ville, où l’élu est aux prises avec des lobbys, des entreprises de communication qui usent des techniques de marketing pour définir la politique municipale, le désert culturel du personnel politique.
Alice est une jolie normalienne recrutée au cabinet du maire sur un poste qui hélas vient d’être supprimé. On lui confie alors une mission fumeuse : donner des idées au maire, à l’aide des éléments de philosophie et de littérature qu’elle est censée maîtriser. Le maire se rend parfaitement compte qu’après avoir sacrifié toute sa vie à la politique, il s’est, depuis plusieurs années, arrêté de penser. De ce point de vue, il se montre sincère et bienveillant. Cette fraiche jeune intellectuelle est là pour lui « greffer » de nouvelles idées dans le cerveau afin de briguer la magistrature suprême … Il commence à réflechir à nouveau.
Le film est "vrai", c'est Claude qui le dit et il en connaît un rayon, il décrit bien l’urgence permanente dans laquelle un cabinet de ministre ou de grande métropole est confronté. Le maire n’est disponible que quelques minutes par jour, et il faut être à son écoute à ce moment là, même à 3 heures du matin. La jeune intellectuelle lui plaît, lui donne des références, il la promeut, elle fait des envieux …
Elle se rend compte de la vacuité du discours : la gauche n’a plus de jus … Mais on aurait pu transposer ce film dans une grande ville de droite, c’eut été pareil.
Avec une interprétation impeccable – Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier mais aussi la belle Léonie Simaga dans le rôle ingrat de la directrice de cabinet omnipotente et aussi le « gourou » médiatique aux idées farfelues incarné par Thomas Cabrol. Le film se tient d’un bout à l’autre, malgré le côté très "écrit" du texte et des discours politiques subliminaux … où tout un chacun en prend pour son grade.
J’apprécie tout particulièrement la mention du livre de Marc Bloch « L’étrange défaite », entre autres.

