Paris-Haussmann, modèle de ville - exposition au pavillon de l'Arsenal
Ceux qui me lisent régulièrement savent combien je suis fan de Paris, de ses avenues majestueuses, de son histoire et de la beauté de ses immeubles. Depuis 1970 où j’ai découvert le livre fondateur « Paris XIXème siècle, l’immeuble et la rue » de François Loyer* (Editions Hazan), je ne me lasse pas de « lire » (et de photographier) les façades haussmanniennes, leus corniches et leurs balustrades qui font de Paris la plus belle ville au monde. L’exposition qui vient d’ouvrir au pavillon de l’Arsenal me conforte dans cette passion et m’a fait découvrir bien davantage …
Préfet de la Seine entre 1853 et 1870, Georges-Eugène Haussmann a totalement façonné notre capitale telle que nous la connaissons aujourd’hui. Puissamment aidé par une croissance forte et des capacités de financement judicieusement utilisées, la standardisation des éléments et matériaux de construction, secondé par des ingénieurs de talent et appuyé par un pouvoir très impliqué et fort, il a ainsi construit 600 km d’égouts, percé 175 km de voieries nouvelles. On imagine mal un tel exploit aujourd’hui, malgré les technologies à notre disposition. Il a ainsi déterminé l’organisation urbaine et l’identité de notre capitale. Et en particulier son exceptionnelle densité (le tissu haussmannien présente un coefficient d’emprise au sol de 66% !)
Ce qui est étonnant, c’est l’homogénéité dans la diversité des formes, grâce à des règles dimensionnelles des entités bâties impératives et la maîtrise de l’ornement. L’unité de base est l’ilot, qui s’avère un élément performant de ce gigantesque puzzle. Les analyses mathématiques et typologiques réalisées par les architectes Umberto Napolitano, Benoît Jallon et Frank Boutté mettent en lumière combien l’îlot haussmannien – qu’il comporte 3, 4, 5 ou plus de côtés – surtout 4 – construit une ville durable, archétype de la flexibilité d’usage, modèle de perméabilité à la lumière du jour et à la circulation de l’air.
Bien avant les préoccupations énergétiques contemporaines, l’immeuble haussmannien, grâce à la mitoyenneté des bâtis, joue un rôle d’isolation naturel (aussi bien en été que durant les grands froids) car il présente une forte inertie thermique, assure la ventilation chère aux hygiénistes, distribue généreusement la lumière, tout en favorisant une fantastique densité. Par ses dimensions, la régularité des trames, le caractère sériel des ouvertures, la hauteur sous plafond, la générosité des vides, l’immeuble de rapport haussmannien révèle une extraordinaire capacité de résilience : spatiale, climatique, structurelle et technique.
Haussmann, c’est aussi un souci de rentabilité dans l’investissement (matériaux récoltés à peu de distance, mobilier urbain standardisé, catalogues d’accessoires réalisés en série, de la balustrade ouvragée à la poignée de porte, facilité de conversion des espaces selon leur utilisation), la plantation d’arbres, l’aménagement de parcs, la construction d’équipements : mairies, églises, établissements hospitaliers …
Paris, c’est enfin une ville perméable, un modèle urbain insurpassé, une des villes les plus « marchées » d’Europe, qui comporte 208 intersections de rues au kilomètre carré, soit deux fois plus que la trame new-yorkaise et 2,5 fois plus que le plan Cerdà de Barcelone. Alors, marchons vite voir cette passionnante exposition !
*Ne pas manquer son petit film sur les courettes et l’évolution de leur rôle dans l’espace haussmannien.
Paris – Haussmann, un modèle de ville, exposition au Pavillon de l’Arsenal, 21 boulevard Morland Paris 4ème (1er étage), entrée libre, à partir de 11 heures, jusqu’au 7 mai.






