Une histoire de la médecine légale et de l'identification criminelle par A. Bauer et R. Dachez
J’espérais, en achetant ce livre, y trouver les dernières tendances de la criminalistique, mais je n’avais pas regardé la date de cette édition fort sérieuse : 2015. Un ouvrage court, mais écrit tout petit, par deux sommités de la matière : Alain Bauer, professeur de criminologie et Roger Dachez, médecin anatomo-pathologiste.
On parcourt les progrès de la médecine légale à travers les âges, en soulignant les apports essentiels des grands noms qui ont fait avancer cette science, depuis Ambroise Paré (1510 – 1590). Comment, tour à tour, la France est en avance puis en retard par rapport aux autres nations, car souvent entravée par des considérations morales ou le manque de moyens.
En tous cas, loin de la représentation idyllique que nous donnent les séries télévisées françaises et étrangères !
Parmi les savants qui ont fait progresser la matière, J’ai noté les noms d'Antoine Louis, François-Emmanuel Fodéré, Mathieu Orfila, François-Vincent Raspail, Alexandre Lacassagne, Paul Brouardel, Ambroise Tardieu et naturellement, Alfonse Bertillon (1853 – 1914) et Edmond Locard (1877 – 1966).
Mathieu Orfila (1787 – 1853) est considéré comme le « Paré » des substances toxiques. Il fut aussi le premier à comprendre l’importance de la scène de crime, la nécessité de ne pas la souiller par trop d’intervenants et d’y recueillir tous les indices capables d’évaluer la cause de la mort et les circonstances dans lesquelles s’est déroulé le crime ou l’accident.
La réflexion porte aussi sur l’état mental du suspect au moment du passage à l’acte. Dans ce domaine, la France est en retard pendant de nombreuses années faute de consensus entre les médecins et les magistrats.
L’élément déterminant est l’apport d’Edmond Locard qui publie en 1931 son traité de criminalistique en sept volumes, ainsi que l’avancée en matière d’identification des techniques initiées par Alfonse Bertillon, avec la création des fiches anthropométriques puis la comparaison des empreintes digitales.
Sans oublier les progrès fantastiques de l’exploitation de l’ADN, même si, pour des raisons éthiques, la France n’en exploite qu’une faible partie.
La conclusion de cet ouvrage est assez pessimiste sur la situation de la médecine légale en France, du fait de l’hétérogénéité des ressources mal réparties sur le territoire, l’absence de coordination de l’activité et la disponibilité des compétences médico-légales.
Pas de texte législatif mais un empilement de circulaires, rapports d’enquêtes et commissions ad hoc … une manie bien française, sans oublier les difficultés de financement public de techniques qui coûtent de plus en plus cher.
Un constat préoccupant malgré quelques récents progrès, mais quid de l’évolution de ce secteur au cours des dix dernières années … il faudrait sans doute remettre à jour ce document.
En l’attente, on pourra se reporter à l’ouvrage de Jean-Christophe Portes sur le même sujet.
Une histoire de la médecine légale et de l’identification criminelle, par Alain Bauer et Roger Dachez, Presses Universitaires de France, 133 p., 25€.