Le griffe du chien, roman hyper noir de Don Winslow (relecture)
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Me croirez-vous si je vous dis que je viens de passer presque deux journées non-stop à relire un thriller de plus de 800 pages ? Et, relisant la critique que j'en avais écrite, je ne trouve rien à y rajouter, si ce n'est quelques détails.
Il ne s’agit pas seulement d’un roman policier mais d’une thèse géopolitique étayée sur une masse de documentation, des révélations époustouflantes, une ouverture sur la situation d’ensemble du continent américain, la constante politique anticommuniste des Etats-Unis et le rôle central de carburant financier des différentes drogues.
On peut lire cette série dans n’importe quel ordre car la problématique traitée est toujours d’une brûlante actualité. Ce premier épisode publié en 2005 se déroule entre 1975 et 1999. Une période où les technologies de communication sont déjà sophistiquées mais pas autant qu’aujourd’hui.
La Guerre froide fait rage, les mouvements révolutionnaires d'inspiration marxiste se financent – entre autres sources comme les enlèvements contre rançon - grâce au trafic de stupéfiants.
Les Etats-Unis n’y sont pas indifférents voire complices, c'est une des thèses du roman (le deal drogue contre armes). On voit mal enfin comment les populations des pays d’Amérique latine pourraient se passer de cette source de revenus. Sauf que ce sont les barons de la drogue qui confisquent l’argent à la place des anciens propriétaires terriens …
Le héros principal de cette épopée est Arturo Keller, agent de la DEA, chevronné, idéaliste violent et acharné. Catholique, son père est américain et sa mère mexicaine, il joue donc sur les deux versants de l’immense frontière si peu étanche entre le Mexique et les Etats-Unis. Face à lui, des ténors sanguinaires : l’oncle omnipotents et les neveux. Art les connaît bien, depuis sa prime jeunesse. Là est le ressort de cette tragédie en trois actes.
Une façon de comprendre les différents mouvements politiques - Chiapas, Contras et autres FARC - qui secouent à cette époque les pays au sud du Rio Grande, et leur instrumentalisation par les agences (CIA, ATF, DEA ...) dépendant - ou si peu - du Congrès des Etats-Unis. La corruption généralisée des dirigeants des pays d'Amérique latine, aussi ... je doute que cela ait cessé.
C’est une littérature de violence absolue, les scènes d’action plus efficaces qu’un très bon film de guerre. En fil rouge de toute l’histoire : le pouvoir, l’argent, la trahison, la vengeance systématique, la raison d’Etat qui prime naturellement sur la morale. Foisonnement de personnages aux motivations troubles, avec deux figures particulièrement attachantes : un ecclésiastique tenté par la théologie de la libération et une jeune prostituée de haut vol redoutablement intelligente, un jeune tueur à gages irlandais si sympathique ...
C'est le premier opus d'une trilogie inoubliable, suivi de Cartel puis de La frontière. Une problématique toujours d'actualité, avec encore aujourd'hui la politique impérialiste étasunienne ... le seul inconvénient de cette relecture, c'est que je savais qu'il y aurait deux suites et que donc, le héros le plus attachant allait survivre ...
Un livre culte qu'on ne peut lâcher.
Autre réflexion : ça, c'était avant, et aux Etats-Unis. Aujourd'hui, c'est dans nos quartiers, où les groupes de dealers se canardent à coup de rafales d'AK-47 ...
La griffe du chien -The Power of the Dog – thriller de Don Winslow traduit par Freddy Michalski, Chez Fayard collection Points, 829 p., 9,90€