Les hommes de guerre, roman historique de Robert Harris
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Robert Harris est un maître dans l’art de faire revivre des épisodes-clé de l’histoire. Une fois de plus, après Enigma, D., Munich, ou plus récemment V2, je me suis laissée emporter à l’été 1914, au cœur de l’engrenage fatal du déclenchement de la Grande guerre.
Herbert Henry Asquith (1852 - 1928) est Premier ministre de Grande-Bretagne depuis 1908. Il a alors 62 ans au début de cette histoire et conduit un cabinet libéral, confronté à une poussée de fièvre les autonomistes irlandais. Mais la crise internationale s’emballe après l’attentat de Sarajevo.
La Grande Bretagne est contrainte de s’engager aux côtés de la France et de la Russie et d’envoyer un corps expéditionnaire protéger, entre autres, la neutralité de la Belgique.
Au sein du cabinet, il y a les va-t-en-guerre comme le jeune Winston Chruchill ou Lord Kitchener, et les modérés. Au milieu de cette avalanche d'arbitrages et de décisions, le Premier n’a qu’une planche de salut : son idylle improbable avec la jeune aristocrate Venetia Stanley, (1887 - 1948) âgée de 27 ans.
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Incroyable mais vrai : ces deux amis très chers s’écrivent plusieurs fois par jour. Ils se rencontrent lors de promenades incognito en voiture dans et autour de Londres ou main dans la main dans les forêts, se reçoivent dans des manoirs que fréquente la plus haute société, se caressent … Henry ne peut se passer des conseils de cette femme indépendante, cultivée, apaisante, lui communique même des dépêches estampillées « secret », une correspondance éminemment sensible qu’elle renferme soigneusement dans un coffret …
Cependant, cette proximité trop peu discrète – 560 lettres du Premier à Venetia – alerte rapidement les services secrets qui interceptent les courriers avant de les délivrer à leurs auteurs. Des documents extrêmement sensibles, mais qui n’auront jamais filtré en dehors des deux amoureux. Il n’y aura donc pas d’« affaire » …
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Finalement, au grand désespoir du Premier, Venetia mettra fin à cette relation en se faisant muter dans un hôpital militaire en France comme infirmière : c’est sa façon de servir son pays, avant de se marier avec un vieil ami et membre du Cabinet.
Comment décide un leader politique en temps de guerre, vers qui peut-il se laisser conforter ou conseiller, comment roder ses arguments et partager des informations secrètes … comment faire face à des confidences incandescentes, garder des secrets stratégiques, rompre un engagement sincère mais devenu toxique…
On ne peut s’empêcher d’imaginer les dilemmes que traversent aujourd’hui les décideurs politiques dans ces moments de conflits qui entraînent la perte de jeunes vies.
On a du mal à réaliser que cette correspondance amoureuse, en ces temps de désastres militaires – l’avance allemande dans les plaines de Flandres, la pénurie de munitions, le fiasco des Dardanelles– soit un fait historique et non seulement la trame d’un roman !
Les hommes de guerre – Précipice – roman historique de Robert Harris, traduit de l’anglais par Anne-Sophie Homassel – éditions Belfond Noir – 513 p., 23,90€.