Les enchanteurs, polar historique de James Ellroy
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Le brutalisme est un style architectural qui connaît une grande popularité au cours des années cinquante aux années soixante-dix et revient à la mode de nos jours. Si le terme pouvait s’appliquer à la littérature, on pourrait classer James Ellroy dans cette catégorie.
Cela faisait dix ans que je n’avais rien lu de cet auteur qui est presque mon contemporain. Je constate qu’il n’a rien perdu de son art … Un style haché, violent, sans concessions – mais avec de multiples rappels permettant au lecteur de se « raccrocher » aux épisodes précédents, un foisonnement de personnages dont on a du mal à distinguer les acteurs historiques des éléments purement fictionnels, une intrigue qui, elle aussi, mêle adroitement les faits réels et imaginaires.
Un cadre, surtout, et une ambiance … Los Angeles en août 1962, plus précisément au moment où l’on découvre le corps sans vie de Marilyn Monroe, probablement un suicide comme le conclut le médecin légiste. Ceux qui affectionnent les romans de Winslow et Connolly se retrouveront dans ce décor de ville tentaculaire.
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Un héros qui est aussi le narrateur, et pas tout blanc dans cette affaire : détective privé, ancien Marine, ex-flic corrompu - Freddy Otash – lui aussi un personnage réel, à lire sa notice biographique.
Il est engagé par Jimmy Hoffa, le tout puissant patron des syndicats qui fait la loi à Hollywood, pour étouffer les rumeurs persistantes des rapports très intimes entre la star d’Hollywood et les frères Kennedy.
Mais l’affaire se complique : c’est un coup de billard à 15 bandes, incluant un enlèvement de star de série B, l’affaire jamais élucidée de sa petite sœur disparue en 1948, les déboires de la Twenty Century Fox qui risque la faillite à cause de la production du colossal péplum Cléopâtre, la plongée aux enfers de Marilyn sous l’influence de son psy dévoyé, les habitudes sexuelles compulsives du Président des Etats-Unis.
Un cocktail de flics corrompus à tous les niveaux, de drogues et d’alcool, de trafic de faux bons au porteur utilisés pour blanchir l’argent de la drogue, les cambriolages d’un prédateur sexuel … Il faut suivre, et en réalité, on s’amourache vite de Freddy l’extorqueur malgré son côté trash et expéditif.
L’auteur a heureusement placé à la fin de son livre un répertoire des multiples personnages – les politiques, les flics, les starlettes, les mafieux, les vrais, les inventés (au lecteur de faire le tri). Et non rangés par ordre alphabétique … cela m’a évité de prendre les notes pour cette longue lecture particulièrement complexe. J’aimerais bien aussi comprendre le sens du titre …
Bref, le mythe Marilyn avait déjà du plomb dans l’aile, ce roman complètement allumé lui plante un nouveau clou dans le cercueil !
Les enchanteurs -The Enchanters – polar historique de James Ellroy, traduit de l’anglais par Sophie Aslanides et Séverine Weiss, éditions Rivages/Noirs, 667 p., 12,50€