La face cachée du socialisme français, par Jean-Pierre Deschodt
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Dans une récente conversation avec l'un de mes petits-fils en âge de voter, nous avons tous les deux déploré la carence générale de notre personnel politique et, en particulier, les difficultés à voir émerger un mouvement de gauche cohérent et pragmatique.
A l'heure où le parti socialiste se dote d'un leader dans la perspective de prochaines élections, je réédite la recension d'un livre, commenté en mars 2019, qui m'avait beaucoup appris sur les origines du mouvement avant son « unité ». On retrouve en effet aujourd'hui, sous une autre forme, les tiraillements, les querelles d'ego, les lignes de failles que l'auteur décrit ici, depuis les idées issues de la Révolution de 1789 jusqu’à 1905, et qui continuent à parcourir les courants d’aujourd’hui. Rien appris, rien oublié !
Cet ouvrage, fruit d'un travail universitaire nourri de références, permet de découvrir une foule de choses, révèle des trajectoires politiques inconnues (... du moins de moi !). Une histoire du mouvement ouvrier indispensable pour comprendre comment le parti socialiste s’est constitué et pourquoi ses objectifs idéologiques fondamentaux ne correspondent plus vraiment à la réalité du XXIème siècle.
Le contexte français de la Révolution industrielle tout d’abord : croissance forte de la population française au XIXème siècle, mais moins spectaculaire que celle de nos voisins, unification du marché grâce au chemin de fer, mouvement d’urbanisation, internationalisation des échanges, financiarisation des investissements et situation dramatique de la classe ouvrière et, naturellement, exaspération de la lutte des classes.
A la fin du XVIIIème siècle, le mot « socialiste » signifie cependant « contre-révolutionnaire ».
Il représente l’unité au sein d’un groupe social par rapport à l’individualisme prôné par J-J Rousseau. Le mot devient courant en 1840, entre au dictionnaire Littré en 1870 et au Larousse en 1873. Au niveau international, on note l’antagonisme fort entre Marx le centralisateur et Bakounine partisan de l’autonomie des sections, sans oublier l’antisémitisme de Bakounine.
On découvre les penseurs du mouvement : Claude de Saint-Simon, Charles Fourier, Etienne Cabet, Frédéric Bastiat, Pierre Leroux, Jean Barberet, Louis Blanc, Proudhon, Emile Accolas … Le mutuellisme, essentiellement non-violent, la coopération, le crédit mutuel. En 1875, on compte 135 Chambres syndicales. Le premier Congrès ouvrier se tient le 2 octobre 1876. A son ordre du jour : le travail des femmes, l’égalité salariale, les retraites, la liberté d’association, la condamnation de tous types d’action révolutionnaire et de la grève …
Au grand dam des Blanquistes, de Paul Brousse et de Jules Guesde. Une revendication lancinante : l’amnistie des Communards exilés.
Déjà, l’exercice de la fonction parlementaire est fortement déconseillé, pour ne pas courir le risque d’embourgeoisement. Le concept de « collectivisme » implique la socialisation progressive des sources de la richesse et des instruments de travail. Le terme est différent de « communisme » qui nécessite un pouvoir central fort. Car Marx parle en 1880 du suffrage universel comme d'un instrument de duperie et que les anarchistes combattent « par la dynamite, le pétrole et la bombe. »
Réunions et congrès successifs donnent lieu à de folkloriques bagarres, un défouloir d’excès de langage et d’horions … L’objectif de Jules Guesde est l’expropriation de la classe capitaliste et l’appropriation collective des moyens de production et d’échange. Les socialistes « indépendants » acceptent de devenir parlementaires. La CGT, créée en 1895, se donne pour base l’indépendance vis-à-vis des partis politiques avec une solution : une bourse du travail.
En 1893, Jean Jaurès emporte 37 élus, plus que les tenants de Jules Guesde.
Il fonde en 1904 le quotidien « L’Humanité ». En 1905 enfin, la réunion des deux partis antagonistes crée la SFIO, mais sans les indépendants comme Aristide Briand, Paul Ramadier, Maurice Violette …
En réalité, le parti des travailleurs a pour leaders des hommes dont les origines sociales sont bourgeoises et les meilleurs propagandistes les instituteurs.
N.B. : l'individualisme forcené d'aujourd'hui n'a rien arrangé !
La face cachée du socialisme français, essai par Jean-Pierre Deschodt, aux éditioons du Cerf, 376p., 24€