L'horizon des possibles, essai de Philippe Dessertine
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Economiste, financier, spécialiste de l’agriculture et de la Chine, Philippe Dessertine nous livre une réflexion prospective qui annonce un grand basculement du monde occidental dans un modèle nouveau, radicalement différent de celui qui le gère depuis 250 ans. Prévisions utopiste ou prophétie irréaliste d’une moderne Cassandre ?
Comme souvent, on apprécie le diagnostic parfaitement documenté, et qui éclaire le lecteur « lambda » sur une foule d’acteurs et de notions mal connues : blockchain, bitcoins, big data, NFT, NASDACQ, DeepSeek, IA générative, entre autres …
Le constat est sévère : urgence climatique, déclin des puissances occidentales, remise en cause des valeurs, vieillissement démographique, mutations géopolitiques et migratoires, le modèle qui régit le monde depuis le début de la Révolution industrielle ne fonctionne plus. Il faut tout réinventer pour survivre, mais sur quelles bases ?
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Philippe Dessertine propose déjà de cesser de mesurer les progrès de l’économie non plus par le PNB, mais par l’accroissement de l’espérance de vie des populations.
Il souligne le cynisme monétaire des puissances dominantes, la création monétaire effrénée, pendant des années voire des siècles, en quantités aberrantes – de la dette – à taux trop bas ou même négatif, provoquant une crise lorsqu’on doit échanger pour un besoin imprévu ces actifs contre des liquidités. D’où le cycle de l’inflation amenant la misère qui conduit à la guerre, suprême source du dérèglement : on crée de la monnaie pour détruire de la valeur !
Le modèle de la civilisation industrielle – fondé sur la verticalité – est devenu une sorte d’évidence alors même que la situation qu’il a créée disparaît peu à peu au profit d’une économie de services.
Il faut inventer une autre manière de fonctionner, de travailler, de vivre, comme on l’a expérimenté brutalement lors du COVID - extraordinaire expérience et/ou opportunité ? - et du confinement. Un modèle horizontal, adossé aux découvertes scientifiques et au progrès technologique (en particulier l’IA), exploitant toutes les ressources du distanciel (par exemple pour l’enseignement), les structures horizontales, la petite unité de vie et de travail entre lesquelles on se déplace sans moteur.
C’est la science qui est au cœur de tout, le bouleversement des connaissances des savants. Or la première réaction des politiques est le maintien de l’ordre ancien : voir la guerre que mène Trump contre les universités.
L’Europe doit changer de mentalité : refus du risque, de la perte, de l’erreur. Elle va avoir besoin de cerveaux, jeunes, de préférence formés ou à former, les attirer et les fidéliser, d’où qu’ils viennent, afin de traiter efficacement le « big data ».
Cela implique aussi de rompre avec l’urbanisation à outrance, reprendre possession des territoires abandonnés, créer des communautés de taille moyenne hyper connectées. Et pour financer le nouveau modèle, il n’est qu’une source : le capital qui charrie des liquidités gigantesques, sans contreparties réelles, et inemployées.
A ce point de la démonstration très complexe du modèle financier nouveau, j’ai décroché … c’est là une révolution copernicienne de la finance et du capitalisme mondial qui échappe à mes capacités cognitives… Mais l’ouvrage n’est sans doute pas destiné à une vieille dame comme moi.
Les années qui viennent verront les préconisations de Philippe Dessertine se concrétiser ou pas … lui vaudront le Prix Nobel d’économie – ou pas !
Un ouvrage à rapprocher de celui de Giuliano da Empoli "L'heure des prédateurs"qui semble nous dire que nous sommes déjà dans l'ère du grand basculement.
L’horizon des possibles, essai de Philippe Dessertine, publié chez Robert Laffont, 254 p., 22€